Bonjour Guillaume, peux-tu te présenter ?

Breton d’origine, j’ai beaucoup déménagé, notamment à l’étranger (Mexique, Angleterre, Etats-Unis) et j’habite maintenant Paris depuis une bonne quinzaine d’année. Je suis marié avec Béatrice, qui fait également partie des Airnadette (« Scotch Brit »), et nous avons une fille de 5,5 ans.

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Peux-tu nous parler de ton enfance et de tes débuts dans la vie professionnelle ?

J’ai passé pas mal d’années à Reims durant mon enfance et mon adolescence, avec une éducation plutôt classique (j’ai été chez les jésuites). La musique faisait déjà partie de mon univers, je jouais de la batterie dans un groupe. Bac S, sans mention, l’école m’ennuyait pas mal…

Mon grand-père était peintre à ses heures perdues, mon père adorait écrire et quand d’ailleurs j’ai annoncé par la suite à mes parents que je changeais de cap, je n’ai eu aucune critique. Cela leur a même plu je crois.

A la sortie de mon bac, j’ai fait un DUT Technique de commercialisation, grâce auquel j’ai découvert le monde du business. Cela m’a intéressé, voire passionné. C’était concret, et je pense que cela devrait d’ailleurs être appris à l’école. Ce DUT m’a un peu réconcilié avec les études. J’ai passé ensuite les concours d’admission parallèle en école de commerce et j’ai commencé Sup de Co Rennes. L’école était très orientée vers l’international, avec des profs étrangers et des cours en anglais.

Je suis parti faire un executive MBA aux Etats-Unis, dans le Connecticut, dans le cadre de ma troisième année. J’y ai découvert la culture américaine et j’y ai passé quasiment un an et demi ; j’ai fini le programme à distance après en France.

Une fois diplômé, et « bankable » pour le business, j’ai été pris en stage puis embauché chez CarnaudMetalBox, boîte française qui deviendra rapidement par la suite Crown Packaging, lorsqu’elle fut rachetée par des américains (à peu près au moment de mon arrivée). C’est une société spécialisée dans le packaging métal, en B to B (canettes, boîtes de conserves etc.). J’étais en finance, puis en développement nouveaux produits, puis je suis parti en VIE à Oxford au centre de R&D de la boîte. Une fois revenu en France, j’ai fait différents postes.

Je suis resté 8 ans dans cette boîte pour finir directeur marketing d’une des divisions. Mon boulot me plaisait, il y avait pas mal de déplacements (Europe, Afrique, Moyen-Orient), j’avais plutôt bien réussi et j’avais l’avenir devant moi.

Comment as-tu découvert le monde artistique, et quel fut le tournant?

En parallèle de mon boulot, j’étais batteur amateur. Quand je suis revenu sur Paris en 2004 après mon VIE à Oxford, on a monté un groupe avec mes potes de lycée, Sarah W. Papson. On recevait des revues musicales et un jour, il y a eu un reportage sur les championnats du monde de Air Guitar en Finlande; on a rigolé devant l’article avec un copain, mais rien de plus. 6 mois plus tard, on a trouvé une autre information, cette fois-ci sur les championnats de Paris de Air Guitar, au Nouveau Casino. L’idée de départ était juste d’aller voir, mais on a fini par réellement s’inscrire. C’était un peu le challenge, on a prévenu nos potes et on a créé nos personnages (Juano Juano Fonzo pour moi ;). Mais mon pote m’appela le matin même pour me dire qu’il ne pouvait pas être là car il se faisait opérer en urgence de l’appendicite.

Je me suis retrouvé à partir dans ce délire-là tout seul. A l’époque, le Air Guitar était vraiment underground et globalement rempli de mecs un peu cinglés. Ce qui m’attirait et ce qui m’amusait à ce moment-là, c’était de créer un personnage et de faire semblant de jouer de la guitare.

La compétition dura une minute, mais c’est la minute qui changea ma vie, et ce que je suis aujourd’hui. A ce moment-là, il y a comme une patte d’oie, une fourche.

Ma victoire m’a permis de me qualifier pour les championnats de France, où j’ai fini deuxième. J’aurai pu très bien m’arrêter là, mais il se trouve que le champion de France à cette époque-là était un certain Château Brutal. Il me poussa à m’inscrire, avec le troisième sur le podium, pour les prochains championnats de France en 2007. On s’est donc retrouvés cette année-là, pour une sorte de revanche.

Une nouvelle victoire m’envoya aux championnats du monde en Finlande, suivi par une équipe de Canal qui réalisait un documentaire sur le Air Guitar. Le réalisateur était Jérôme Pitorin, à l’époque également rédacteur en chef de la Nouvelle Star.

Je finis deuxième, derrière un japonais, mais pris en coqueluche par le public et les médias, je me suis retrouvé à faire la Une du International Herald Tribune. A mon retour dans ma boîte le lundi matin, je me suis fait griller en beauté par mes collègues… Mais comme j’étais en marketing, c’était plutôt bien perçu. J’étais entouré de gens ouverts d’esprit et ça a plutôt joué en ma faveur.

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Peux-tu plus précisément nous raconter la création des Airnadette ?

En parallèle de tout cela,  suite à une rencontre en 2005 avec Béatrice, dite Scotch Brit, je me suis retrouvé à faire une démo de Air Guitar à la Guinguette Pirate. De fil en aiguille, on a continué à se voir et à parler de la création d’un Air Band.

A ce moment-là, Béa présentait le premier concours de Air Brosse à cheveux (l’objectif était d’attirer aussi des filles), pour lequel elle créa son personnage. Le fameux Jérôme Pitorin décida de surfer là -dessus et de faire une blague au jury de la Nouvelle Star. Il lui demanda de venir faire une blague au jury, en chantant sans bande son « Oops I did it again » dans une brosse. Ce truc-là va servir à faire la promo de la Nouvelle Star, et créa un micro buzz.

Le lendemain de la diffusion de l’émission, Béa était invitée sur le plateau du Morning Café pour témoigner de son passage à la Nouvelle Star. Une fois de plus, c’était complètement débile et absurde, mais le jeu du buzz continuait. Et là, Béa annonça qu’un groupe avait été créé, qu’il s’appellait les Airnadette et qu’il n’avait pas besoin de la télé pour exister. Elle avait juste inventé une actu, mais du coup…il fallait monter le groupe !

Un type qu’on connaissait nous a proposé de monter sur scène à l’Alimentation Générale, un bar du 11ème arrondissement. Béa a envoyé un message à tous les gens qu’elle connaissait, qui pouvait être intéressés pour faire partie du groupe, en proposant une date pour préparer le spectacle. Il y avait dans les destinataires Château Brutal, moi-même, Jean-Françoise et Cristilla Cargol.

Le groupe était lancé, avec l’idée d’enchaîner des morceaux très diverses.

Notre spectacle a duré seulement 12 minutes, mais les gens dans la salle étaient hystériques, et nous, on a pris un kiff absolu à faire ça. L’interaction avec le public, le fait de passer d’un genre à un autre, et de partager ça tous ensemble, on a adoré.

On a fait une deuxième date un mois après au même endroit, et on a réalisé qu’il nous manquait une personnalité pour incarner le monde du hip-hop. Soraya, qui était la voisine et coach de Jean-Françoise, nous a convaincu et est devenue M-Rodz Antipoukav. On était donc 6 dans le groupe. Gunther, lui, n’est arrivé qu’un an et demi après.

Assez rapidement, la fédération de Air Guitar nous a contacté pour nous dire que Camille, la chanteuse, souhaitait que sa première partie soit une démo de Air Guitar. On a choisi de lui proposer plutôt les Airnadette.

On a donc été bookés trois soirs, dans une Cigale complète (1000 personnes), pour un show de 15-20 minutes. Ca a cartonné, et on a pris conscience à ce moment-là que si ça marchait dans une petite salle de bar, ça marchait aussi dans une grande salle de spectacle….

On est devenu un peu branchouille, en faisant des shows le soir ou le we, notamment au Bus Palladium.

Gunther nous avait rejoint entre-temps.

A nouveau un peu sur un coup de bluff, Béa a vendu à Canal l’idée d’une tournée aux Etats-Unis, pour faire la première partie de la fédération américaine de Air Guitar. Le problème, c’est que cela a planté quatre-cinq mois avant. On a décidé de partir malgré tout, notamment grâce à un fixeur super fort qui nous a bricolé des dates à droite à gauche.

Cette tournée fut assez importante pour nous car la veille de notre dernière date, à Los Angeles, on est sorti dans un strip-club assez branchouille qui s’appelle le « Jumbo’s Clown », le genre d’endroit que tu ne vois que dans les films américains… Et là, de manière complètement improbable, on y a croisé le chanteur M, présent à LA pour enregistrer l’album de Johnny. On l’invita à venir voir notre show le lendemain, sans trop y croire…

Il finit par y débarquer, avec pas mal de monde de la Warner. D’un coup, le documentaire de Canal est devenu génial, car on a été adoubé par M.

On est rentrés de tournée des étoiles plein les yeux et deux ou trois mois plus tard,  en septembre 2010, j’ai reçu un coup de fil du directeur de tournée de M., qui voulait nous proposer de faire la première partie de sa tournée.

Evidemment, on a accepté;).

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A quel moment décides-tu den faire ton seul et unique métier ?

On avait trois dates à Bercy, et le lendemain de la première date, j’avais un rendez-vous pour ma boîte au centre de R&D d’Oxford. Après une nuit sans sommeil, j’ai pris mon Eurostar de 6h46… Mais une tempête de neige s’est abattue sur l’Angleterre et je n’ai pas pu faire la seconde date. J’ai fini par arriver juste pour le salut final. Et là, ça a été le déclic pour moi, de me dire qu’il fallait que je fasse un choix.

C’est la deuxième patte d’oie, après la minute de mon premier concours de Air Guitar;)

J’ai posé ma démission en mars 2012, et grâce à une rupture conventionnelle, j’ai pu me lancer librement (avec le statut d’intermittent en parallèle). Je savais que j’avais deux ans devant moi pour qu’on se donne les moyens d’en vivre réellement.

On a décidé de créer un vrai spectacle, « Airnadette, la comédie musiculte », avec des extraits de pubs, de films…Avec l’aide de PEF, des Robins des Bois, pour la mise en scène, et après quasiment un an d’écriture, on a pu jouer ce spectacle pendant 6 ans.

En parallèle de ça, j’ai toujours mon groupe de musique, avec lequel on a sorti deux albums.

Mes deux casquettes sont passées d’amateur à professionnel.

Aujourd’hui, on a ce nouveau spectacle qui s’appelle « Le pire contre-attaque » et qui tourne depuis deux ans.

Ce qui est drôle, c’est que finalement je continue à faire un peu la même chose qu’avant autour des Airnadette, c’est-à-dire du marketing. Château Brutal lui, par exemple, était directeur de création et du coup nous aide là-dessus. Béa, elle, c’était plutôt la mise en scène et la production…

Chacun a apporté ses compétences professionnelles au projet des Airnadette.

On a également une partie dédiée aux enfants, avec la sortie d’un livre « Du rock dans ton salon », et un projet de tournage de film, actuellement en financement.

Il y a clairement beaucoup de belles rencontres sur notre parcours. Et c’est l’accumulation entre ces rencontres, nos réseaux et les opportunités qui se sont offertes à nous, qui nous a permis de créer tous ces projets.

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Quest-ce que tout ça exige de toi?

Ce qui est certain, et qui est encore un peu le cas aujourd’hui, c’est que cela exige très peu de sommeil;) Quand je travaillais chez Crown Packaging, je commençais une deuxième journée, artistique cette fois-ci, à partir de 19h…

Cela exige aussi beaucoup de temps, notamment pour l’écriture des spectacles des Airnadette.

Enfin, peut-être y a-t-il une sorte d’exigence, une envie de bien faire les choses, malgré l’image d’un simple délire entre copains! Quand on imagine nos spectacles, c’est comme prendre 2500 pièces de puzzle, les jeter, et devoir les remettre dans le bon ordre. Chacun donne ses idées, et Béa et moi, on réalise en général la construction finale. Parfois, cela devient même obsessionnel. On nous demande souvent pourquoi on est les seuls à faire ça, mais très honnêtement, je sais pourquoi et je mets quiconque au défi d’écrire un tel spectacle;)

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Quelles sont les valeurs qui guident tes décisions?

La première, c’est faire en sorte d’éliminer toutes les contraintes qui se mettent en travers de notre chemin.

Et la deuxième… c’est le kiff!!!On veut s’amuser par-dessus tout, et partager avec notre public une grande partie de notre culture musicale, qui est comme une sorte de Madeleine de Proust pour beaucoup de gens. L’avantage, c’est qu’après dix ans passés ensemble, on se connaît bien et donc on arrive toujours à trouver un compromis. C’est une grande chance, cette forme d’intelligence collective. On a toujours beaucoup de bienveillance les uns envers les autres.

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Quelles sont les leçons que tu retiens de ces dernières années?

Qu’il faut oser prendre des risques.

Toujours aller jusqu’au bout des choses.

Ne pas craindre le changement.

Et surtout… toujours se dire que rien n’est impossible !

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Photo de couverture : ©The Sealy Man

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