1. Bonjour Adélaïde, peux-tu te présenter ?

J’ai 35 ans, je suis mariée, j’ai trois enfants qui ont entre 6 et 12 ans et je suis diététicienne nutritionniste à Paris.

  1. Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ?

A 21 ans, on m’a découvert un diabète de type 1. J’ai donc été hospitalisée pendant une semaine et j’ai découvert la diététique par cette hospitalisation. Je m’étais dit qu’un jour, je me servirai de tout ça et que j’en ferai quelque chose de constructif. J’ai toujours gardé cela en tête et étant d’une famille de bons vivants, où l’on a toujours aimé les bons repas, c’était pour moi un défi intéressant d’allier la bonne cuisine avec le côté nutritionnel et la santé.

La vie a fait que je n’ai pas pu le faire tout de suite et à la naissance de mon troisième enfant, j’ai décidé de me replonger dans les études. J’y suis allée à mon rythme car ma fille avait 6 mois quand j’ai commencé et j’ai fait mon BTS en 4 ans au lieu de 2, tranquillement et à distance. Tant que je n’étais pas allée jusqu’au bout, je ne me sentais pas accomplie, c’était presque viscéral. J’avais besoin de le faire, quelque soit le résultat, quelque soit l’endroit où cela allait me mener.

Quand j’ai eu mon diplôme, j’ai tout de suite trouvé du boulot, j’ai eu de la chance car il y avait une petite annonce pour remplacer à mi-temps une diététicienne qui avait son cabinet dans le 7 ème, et j’ai été prise. En même temps, j’ai trouvé un autre mi-temps de l’autre côté de Paris chez une diététicienne qui avait trop de patients et qui cherchait quelqu’un pour l’aider les vendredis et samedis. Je me suis donc retrouvée à gérer deux cabinets un mois après avoir eu mon diplôme, ce qui m’a permis de suivre beaucoup de patients, avec deux visions différentes, puisqu’à chaque fois j’étais formée par les deux diététiciennes que je remplaçais. J’ai beaucoup appris.

Parallèlement, j’ai écrit des articles pour le site d’une amie (Maman Vogue) et pour Femme Actuelle. Comme j’étais à Paris, j’ai été sollicitée par les médias parisiens suite à cette visibilité sur internet. J’ai commencé à faire des émissions TV et cela me plaît énormément.

Aujourd’hui, la personne qui avait son cabinet dans le 7ème est partie vivre en Vendée et m’a proposé de reprendre sa clientèle. J’ai trouvé un cabinet pour les accueillir dans le 6ème, ce qui m’arrangeait car il y a peu de diététiciens installés dans cet arrondissement. Comme il y avait de plus en plus de patients, j’ai dû lâcher l’autre cabinet à République (mais les patients de ce cabinet m’ont suivi). Ma clientèle continue de progresser.

J’ai aussi été contactée par Marie-Claire Editions qui avait vu les recettes que je publiais sur mon site internet et qui m’a proposé de publier un livre.

Mon projet depuis la rentrée, c’est d’intervenir davantage en entreprise et cela se concrétise pas mal. J’ai été contactée par une boîte qui propose du bien-être en entreprise, j’ai donc fait des missions pendant 6 mois où je m’occupais des salariés. D’autres entreprises me contactent aujourd’hui pour que je sois leur prestataire. Je peux faire du one-to-one, des conférences ou du management de cadres supérieurs pour qu’ils prennent soin d’eux.

Cela ne fait que deux ans que je suis diplômée, j’ai une bonne marge de progression et je trouve cela très excitant. Je réalise à quel point je suis heureuse dans ce que je fais : je parle d’un sujet qui me passionne, j’adore le contact avec les gens, la bienveillance que je peux leur délivrer, la bonne humeur. Je me sens utile. Cela correspond à mes valeurs et à mon tempérament. J’aime aussi le milieu de la télé, cela m’amuse.

  1. A quels obstacles as-tu été confrontée ?

J’ai loupé une fois mon diplôme et c’est là où on s’est posé la question avec mon mari, de savoir s’il fallait que j’insiste ou pas. J’avais suivi le CNED et la formation n’était pas adaptée. J’étais un peu devant un mur, je ne savais plus comment faire, ni s’il fallait que je continue. En plus je n’avais pas vraiment de mode de garde pour les enfants. Du coup, je me suis donné les moyens en prenant une nounou et des cours en plus sur internet : il fallait investir pour que cela marche.

J’ai aussi un peu galéré pour trouver mon cabinet.

 

  1. Comment surpasses-tu tes moments de doute ?

Grâce aux échanges avec mon mari, mais aussi grâce à la frustration de ne pas aller jusqu’au bout. Je ne pouvais pas rester sur un échec, j’avais l’impression de jouer ma vie. Avec du recul, j’avais l’impression de la reprendre en main.

 

  1. Qu’est-ce que cela exige ?

De l’organisation et de la rigueur, qui ne sont pas mes points forts ! Je suis le patron de ma propre boîte, il faut que je gère ma com, ma compta, la prise de rdv…avec ma famille à côté. Chaque erreur que tu fais, tu la payes, et ça c’est lourd. Il ne faut jamais lâcher.

Cela exige aussi de la bienveillance et de l’assurance: les gens sentent s’ils peuvent te faire confiance ou pas. Ils viennent avec leurs problèmes et je dois leur dire ce qu’il faut faire. Donc si je ne suis pas sûre de mon analyse, cela ne fonctionnera pas.

 

  1. Quels sont le(s) moment(s) clé(s) dans ta vie qui peuvent expliquer ton choix ?

Le diagnostic de mon diabète et le départ de mon mari en Afghanistan. Je me suis retrouvée toute seule avec mes trois enfants à Sarrebourg en Alsace : il fallait que je trouve quelque chose rien pour moi.

 

  1. Quelles sont les valeurs qui guident tes décisions?

Faire du bien aux gens et ne pas avoir d’a priori sur eux, ne pas être dans le jugement. C’est ça que j’aime beaucoup dans mon métier, c’est que je suis obligée d’aimer tout le monde. Une personne me parle, je l’écoute et je m’imprègne de ce qu’elle me raconte, sans être dans le voyeurisme, et je suis là pour l’aider.

 

  1. Enfant, comment voyais-tu ta vie d’adulte ?

Je ne l’imaginais pas du tout comme cela ! Je pense que j’avais le modèle familial de la mère au foyer, mes parents m’avaient élevée comme cela. J’avais suivi un schéma sans réfléchir. C’est sans-doute pour cela que je fais ma reconversion aussi tard, car j’ai mis du temps à me trouver, et identifier ce qu’il fallait que je fasse.

 

  1. Quelles sont les rencontres qui t’ont fait le plus avancer dans ta vie professionnelle ?

Je pense tout de suite à deux femmes dans mon entourage qui ont fait des reconversions. J’étais ado à ce moment là et je les ai beaucoup admirées.

Je pense aussi à mon prof de dernière année avant que je valide mon diplôme, avec qui je prenais des cours sur internet. Il a toujours su me pousser en avant, il me valorisait, il m’a poussé à fond dans mes capacités. J’ai trouvé cela très stimulant et j’ai cartonné à mes résultats. Je ne m’attendais pas du tout à cela.

Je pense aussi évidemment à mon mari qui m’a guidé dans mes choix. Il m’a justement dit à propos de mon prof qu’il était ma locomotive et qu’il fallait que je le suive.

Enfin, je pense aux nutritionnistes que j’ai remplacées.

 

  1. Quelles sont les leçons que tu as retenues ces dernières années ?

Que c’était important de bien se connaître, de ne pas trop tenir compte des avis des autres, de suivre son intuition. Et là, ce que je suis en train d’apprendre et ce qui est moins évident pour moi, c’est de me décentrer pour apprendre et progresser à nouveau.

 

Pour aller plus loin : 

Site internet d’Adélaïde d’Aboville

Page Facebook d’Adélaïde d’Aboville

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1 commentaire

d'Arexy · 5 mars 2018 à 10 h 32 min

Bravo super article !

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